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CSRD : Qu’est-ce qu’une analyse de double matérialité ?

La matrice de double matérialité est essentielle pour répondre aux exigences de la CSRD. Apprenez les étapes clés pour l'identifier, l'évaluer et la synthétiser efficacement. Cet article vous guide à travers un processus stratégique impliquant toutes les parties prenantes de votre entreprise.

January 11, 2025
Graphique en quadrants avec des cercles colorés de tailles variées, illustrant une analyse de données ou une matrice de décision.

La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) oblige depuis 2024 de nombreuses entreprises européennes à faire un reporting poussé de plusieurs critères sociaux et environnementaux. Dans le cadre de cette directive, les entreprises concernées doivent dans un premier temps réaliser leur matrice de double matérialité.

Mais alors, quelle est cette matrice, exactement ? Quelle différence avec une analyse de matérialité simple ? Quelles sont les étapes clés pour la réaliser ? Dans cet article, on tente de répondre à toutes vos interrogations sur la double matérialité.

À noter : dans l’objectif d’alléger la charge de déclaration pesant sur les entreprises, de nouvelles mesures ont été annoncées par l’exécutif européen concernant la CSRD.

Initialement, les entreprises concernées doivent remplir au moins 2 des 3 critères suivants :

  • Plus de 250 salarié·es ;
  • 25 millions d’euros de bilan ;
  • 50 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Les petites et moyennes entreprises cotées sur un marché réglementé européen ont l’obligation de s’y conformer.

Suite à cette annonce, les exigences de reporting ne s'appliqueront plus qu'aux grandes entreprises de plus de 1000 salarié·es, avec un chiffre d'affaires supérieur à 50 millions d'euros ou un total de bilan supérieur à 25 millions d'euros.

Enfin, les évolutions résident aussi dans le report de deux ans (jusqu'en 2028) des exigences de reporting pour les entreprises qui sont tenues actuellement de produire un rapport à partir de 2026 ou 2027 et les PME cotées avec une entrée en vigueur prévue en 2027.

Pour en savoir plus sur ces nouvelles mesures, vous pouvez vous référer au site de la Commission européenne.

Qu'est-ce qu'une matrice de double matérialité ?

Comprendre le concept de "matérialité"

La matrice de matérialité nous vient de l’anglais materiality et provient du registre financier. À l’origine, il s’agit de choisir des indicateurs (comptables) permettant de mesurer le niveau de performance d’une entreprise. Ce concept a été transposé au domaine de la RSE en permettant de cartographier et hiérarchiser les priorités RSE d’une entreprise et en tenant compte des attentes des parties prenantes internes comme externes.

Ainsi, la matrice de matérialité est une matrice qui permet de classer les différents enjeux RSE et de les hiérarchiser en fonction :

  • Des attentes et besoins des parties prenantes prioritaires de l’entreprise, internes (salarié·es, managers, CSE…) comme externes (clients, fournisseurs, bénéficiaires, investisseurs, associations et partenaires institutionnels…)
  • Des impacts stratégiques sur le business model de ces enjeux RSE

Concrètement, la matrice de matérialité permet donc de faire rencontrer les visions internes et externes sur les différents enjeux RSE afin d’identifier les sujets “matériels”, c'est-à-dire ceux sur lesquels l’entreprise devra concentrer ses efforts puisqu’ils ont un impact réel sur sa performance et son écosystème.

La matrice de double matérialité : une analyse plus poussée, et un exercice stratégique

Concrètement, l’analyse de double matérialité traite de deux aspects :

  • De la matérialité financière, “l'outside in”, c'est-à-dire en quoi l’extérieur (réglementation, marché et clients, salarié·es) va impacter le business. Elle se traduit par des risques et opportunités. C’est la matérialité traitée dans la matrice de matérialité classique. La matérialité financière permet notamment d'analyser comment les changements environnementaux (naturels, climatiques, sociaux, législatifs) affectent l’entreprise en termes de risques et d'opportunités à court, moyen et long terme.
  • De la matérialité d’impact, “l'inside out”, c'est-à-dire l’impact du business sur la société et la planète (= enjeux sociaux, sociétaux, environnementaux). Elle est illustrée par des impacts, positifs et négatifs. La matérialité d'impact évalue dans quelle mesure l’entreprise a des impacts sur son environnement et son écosystème, qu'ils soient négatifs ou positifs, réels ou potentiels, à court, moyen et long terme.

Pour exploiter tout le potentiel de la matrice de double matérialité, il est primordial de réussir à positionner cet exercice comme un enjeu stratégique.

En effet, la matrice de matérialité peut permettre à l’entreprise d’avoir de la matière très concrète à présenter à ses parties prenantes et à son COMEX, dans une logique de mise en place ou reprise de sa stratégie RSE.

Au-delà de l'obligation légale dans le cadre de la CSRD, cette analyse de double matérialité permet à l’entreprise d’avoir une vision globale des attentes de ses différentes parties prenantes sur ses enjeux RSE. C’est un outil clé pour faire les bons choix dans sa stratégie RSE et pour éviter de se disperser en gardant en tête les enjeux les plus prioritaires.

Les étapes clés pour construire sa matrice de double matérialité

1. Identification des risques, impacts et opportunités (IRO)

Il s'agit de l'ensemble des enjeux matériels pour l'entreprise qui figureront sur la matrice : Impacts positifs et/ou négatifs pour la matérialité d'impact, et Risques et Opportunités pour la matérialité financière.

Pour identifier ces IRO, plusieurs leviers peuvent vous être utiles :

  • Parcourir la liste des ESRS, indicateurs de reporting de la CSRD ;
  • Organiser des ateliers d'intelligence collective pour réfléchir aux Impacts, Risques et Opportunités de votre entreprise. Cela peut se faire avec plusieurs départements et niveaux hiérarchiques. La question à laquelle vous allez tenter de répondre : faut-il faire ou ne pas faire pour que notre entreprise existe encore dans 10 ans ?

2. Interrogation des parties prenantes

La matrice de double matérialité réalisée dans le cadre de la CSRD doit comprendre une phase de dialogue avec ses principales parties prenantes : cela permet de comprendre les attentes de vos parties prenantes concernant les enjeux RSE et de les hiérarchiser et classifier.

Cette interrogation des parties prenantes peut se faire à la fois de façon qualitative (entretiens avec 5 à 10 parties prenantes) et quantitative (questionnaire).

À cette étape, deux dimensions peuvent être prises en compte :

  • Leurs attentes sur chacun des IRO : bien que parfois les attentes soient actuellement faibles, cela permet de se préparer aux futurs enjeux.
  • Leur perception de votre niveau de maturité sur ces IRO.

3. Évaluation et scoring des impacts, risques et opportunités

Une fois que tous les IRO ont été identifiés et que les parties prenantes ont été interrogées, il faut maintenant évaluer les risques, opportunités et impacts. Très concrètement, il s'agit de définir un score à chaque IRO afin d'en déterminer l'importance.

Pour cela, nous vous conseillons de :

  • Rassembler l'ensemble des IRO dans un tableau (Excel par exemple)
  • Déterminer un système de notation des Impacts et des Risques et Opportunités, en fonction de différents critères : intensité de l'IRO, étendue, probabilité, irrémédiabilité... À date, l’entreprise est libre d’utiliser un système de notation personnalisé (de 1 à 4 par exemple).
  • Réaliser un atelier pour noter les différents IRO, en fonction des enjeux des parties prenantes (en reprenant les éléments récoltés en phase 2) et de l'entreprise.

À partir d’un certain seuil, l’enjeu est considéré comme matériel du point de vue de son impact. Le seuil de matérialité choisi devra être justifié et un guide méthodologique de l'EFRAG précise la lecture du tableau. Des précisions sur l'approche avec sa chaîne de valeur sont également disponibles.

Il n’existe pas de hiérarchie entre l’impact et la matérialité financière : si le sujet est jugé comme matériel du point de vue de l’impact ou de la matérialité financière, il doit être inclus dans le rapport de durabilité. Pour chaque impact, qu’il soit négatif ou positif, réel ou potentiel, une note est attribuée pour déterminer sa matérialité, plus la note est élevée, plus on considère l’impact comme matériel.

4. Travail de synthèse

Enfin, il est temps de consolider les informations et de créer la matrice, pour ensuite pouvoir préparer le rapport de durabilité.

L’entreprise devra alors consolider ses résultats, c’est-à-dire vérifier que les données ont été pondérées selon le nombre de parties prenantes interrogées et selon la taille du groupe et de ses filiales.

L'ensemble de ces informations forme le rapport de durabilité, intégré au rapport de gestion. Il doit être disponible sous le format d'information électronique XHTML, pour transmission à l'ESAP (European Single Access Point).

Les conseils pour une matrice de double matérialité réussie

Qui faut-il impliquer dans l'entreprise pour réaliser une double matérialité ?

Réussir sa matrice de double matérialité nécessite d'impliquer toute l’entreprise dans cet exercice, notamment les comités de direction et d’administration.

Il est également recommandé de former des alliances internes pour gérer la charge de travail que représente la matrice de double matérialité.

Faut-il se faire accompagner pour réaliser sa matrice de double matérialité ?

Réaliser son analyse de double matérialité peut s’avérer être un exercice fastidieux de par la multitude d’informations à traiter. Alors, pour une analyse réussie, il est important de bien s’entourer.

Dans la mesure du possible, il est recommandé de se faire accompagner par un cabinet (au moins pour la réalisation de la première analyse) disposant d’une expérience significative, et de bien choisir ses interlocuteurs.

L’aspect humain et affinitaire est très important pour bien choisir son prestataire : il est nécessaire de choisir un cabinet de conseil aligné avec les valeurs de l’entreprise et d'établir une bonne relation de travail, car vous allez passer beaucoup de temps avec cette personne.

Attention, la législation interdit à un auditeur d’effectuer également le conseil !

Par ailleurs, échanger avec d'autres entreprises ayant déjà réalisé cet exercice peut être utile avant de vous lancer dans la réalisation de votre double matérialité.

Faut-il vraiment en faire un exercice stratégique ?

Nous vous laissons sur ces mots de Sébastien Guillon, consultant durabilité au sein du cabinet de conseil en RSE Haatch, prononcés lors d'un atelier sur la double matérialité organisé pour les membres d'Impact at Work :

"Arriver à en faire un exercice stratégique est super important. Ce n'est pas forcément perçu comme tel au départ, mais il faut réussir à en faire un exercice qui va impliquer tout le monde et les faire réfléchir. Il faut que cela serve à repenser votre modèle économique, à faire évoluer les modèles et à entraîner tout votre écosystème. L'objectif n'est pas seulement d'agir en tant qu'entreprise, mais sur toute la chaîne de valeur."

Pour encore plus d’impact, nous aidons les entreprises à mettre en place des programmes d’engagement et ainsi renforcer leur démarche RSE avec Komeet !

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